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Olivier Bernard




A soixante-treize ans, Olivier Bernard est l'une des figures les plus atypiques de la
musique d'aujourd'hui. Rare et secret, ce disciple raffiné d'Yves Nat et Nadia
Boulanger -- ces deux maîtres de la musique française -- a entamé très tôt une
carrière de concertiste. Sous le regard tutélaire de trois fées (Marguerite Long,
Yvonne Lefébure et Magda Tagliaferro), le jeune pianiste débute par une tournée
en Europe, puis en Amérique du Sud. Dirigé par Charles Munch ou Eugen Jochum il
joue ses compositeurs de prédilection : Bach, Schumann, Brahms, mais également
Debussy, Chabrier ou Roussel (dont il enregistre le Concerto avec Munch).
Mais le piano ne suffit pas à ce musicien complet et indépendant ; le son
l'intéresse, sous toutes ses facettes.

Il devient ingénieur du son pour la Radio, puis passe directeur de la musique, à la
Comédie Française. À ses premières compositions s'ajoutent celles destinées à la
scène : Vitrail (1964), La voleuse de Londres (1967), On ne peut jurer de rien
(1968), Si Camille me voyait (1969), La chasse aux corbeaux (1970), Amorphe
d'Ottenburg (1971), Suite en rouge, trois ballets pour Federico Garcia Lorca (1972),
Dada (1973), Célimare le bien aimé (1977). Au début des années soixante-dix,
lassé de la vie parisienne, il s'établit en Pays de Caux, à Saint-Pierre-en-Port. Face
à la mer, et désormais préservé de l'extérieur, Olivier Bernard imagine un salon de
musique, à la fois studio d'expérimentation acoustique (Musique pour les orgues,
1974 ; pour les clavecins, 1976) et cabinet instrumental investi de plusieurs pianos,
d'un orgue, d'un clavecin et d'un " clavier à languettes ", instrument " d'époque "
au procédé exclusif qu'il a inventé -- et sur lequel il enregistre deux disques Bach
(Inventions à 2 & à 3 voix, deux Partitas, une Toccata et Fugue - Sun Records,
1976). Aujourd'hui, sur un catalogue qui totalise une quarantaine de partitions,
l'essentiel a été joué, bien joué et apprécié... Pourtant, que de péripéties et de
rendez-vous manqués pour sa Symphonie, destinée à Charles Munch il y a plus de
trente ans ; le chef meurt trop tôt et la partition languit jusqu'à décembre 1992,
date de sa création soviétique, à Voronej, sous la baguette de Wladimir Verbitzki et
en présence du compositeur. Idem pour son beau Quatuor à cordes, créé
seulement en 1988 par le Quatuor Bernède, quelque vingt ans après sa
composition, et repris par le jeune Quatuor Arpeggione, au cours de sa saison
1993/94.

Véhémente et rythmée, sombre et distillant d'âpres élégies, sa musique possède
une force de caractère peu commune qui la rapproche de celles de grands
musiciens d'Europe Centrale -- un parent proche, des racines lointaines pour le
compositeur ? --, sinon de quelle manière éclairer le surgissement de ces nocturnes
survoltés que sont le septième de ses Préludes ou le final de sa Symphonie ? Bien
sûr, sa partition de La P... respectueuse, adaptée avec l'accord de Jean-Paul Sartre
par le compositeur en 1967 pour un effectif d'opéra comique, et présentée avec
succès dans plusieurs villes par la troupe Les Baladins Lyriques (mise en scène de
Pierre Barrat), mériterait ô combien une reprise ! -- qui se soucie encore des diktats
artistiques de nos vieux Modernes dont a pu être frappé, comme bien d'autres,
Olivier Bernard dans les années soixante ? Il faudrait pouvoir réécouter cette oeuvre
écrite dans la veine des comédies " sociales " de Kurt Weill... Autre trait de caractère
de la musique d'Olivier Bernard, son sens de l'improvisation qui s'ouvre sur un
vaste espace, où s'engouffre avec liberté un souffle populaire -- les accents
jazzistiques de certains des Préludes pour piano (1993/...), la colère éruptive et les
silences retenus du piano soliste dans le concerto Jamais l'oubli (1984) traversé
d'un blues (2e mouvement), les clairs-obscurs de la musique pour deux pianistes
(O.B. Session, Elle allait dans un pays de nacre, Visions), le laconisme de La P...
respectueuse, le rythme agile de Prélude et samba pour ensemble (1993), et la
nonchalance décontractée du Quintette avec clarinette (1996).

Concerto pour piano et orchestre de chambre
Jamais l'Oubli

Cette oeuvre, écrite en 1984 et créée la même année à Rouen, comporte deux
mouvements enchaînés. Elle est pensée comme une longue improvisation au
piano, improvisation retravaillée à la table, soutenue, enrichie et stabilisée par les
cordes qui tissent des lignes parallèles autour d'un piano capricieux et virtuose.
Dans le premier mouvement, à de longues trajectoires glacées succèdent des
accords plaqués presque à la limite du silence, créant un climat imaginaire et
mélancolique. Le deuxième mouvement se veut un témoignage au blues des
années 1920. BR>

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